<%@LANGUAGE="JAVASCRIPT" CODEPAGE="65001"%> Extrait du livre lsqdf
Buen camino
Extrait
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« Même lorsqu'au plus fort de l'orage j'ai crevé avec ma roue avant, j'ai tout de suite positivé, la réparation s'annonçait plus rapide qu'à l'arrière.
Sous le déluge, j'avais rejoint, depuis peu la route goudronnée, quant au détour d'un virage, est apparue au loin une large bâtisse isolée et bien éclairée.
Je venais de trouver mon premier gîte de pèlerin!
Impossible de me situer, simplement à l'accent du patron de l'auberge et sa façon caractéristique de rouler les r, j'ai compris que j'étais déjà en Lozère, avalée, depassée la Margeride!
Sale, frigorifié, affamé, les besoins les plus élémentaires devenaient primordiaux, mais quel bonheur de les satisfaire...
Arrivé le dernier pour le repas du soir dans la grande salle commune, les autres pèlerins déjà à table m'ont accueilli chaleureusemen. Dans un coin perdu, à cette époque de l'année, leur nombre me surprenait.
Il y avait là deux couples de quinquas bourguignons qui voyageaient ensemble. ils avaient prévu d'aller à Conques. Prévoir semblait être le maître mot de leur voyage. chaque soir leur gîte était réservé depuis bien longtemps, un organisme s'occupait de transporter leurs bagages, ils avaient même anticipé sur la tempête du jour en arrivant plus tôt à l'étape. De vrais bobos écolos mais bien rigolos. Les questions fusaient. Mon projet, mon vélo, mon sac minuscule, mon improvisation complète, tout contribuait à faire de moi à leurs yeux une espèce d'ovni improbable.
En face de moi siégeaient deux Ecossais à la soixantaine alerte, l'un: haute stature, barbe grise bien taillée, copie conforme du Sean Connery d'Au nom de la rose, l'autre: petit rondouillard, avec un regard ahuri à la Mister Bean. Leur motivation? Enthousiasmés par leur découverte de la France en marchant sur les traces de Robert-Louis Stevenson et son Voyage avec un âne dans les Cévennes, ils avaient choisis cette année de parcourir la via Podiensis du Puy à Saint-Jean Pied de Port»
Enfin, j'avais pour voisin de table un couple de quadras hollandais, elle: élégante blonde aux yeux clairs, lui: grand échalas binoclard aux allures de cadre financier, plus dans le style Relais et Châteaux que dortoir en gîte. Grâce au bracelet jaune "livestrong" que je porte en permanence au poignet droit, nous nous sommes découvert une admiration commune pour le grand champion américain et sa fondation de lutte contre le cancer. Helen, la jolie Batave, m'a expliqué dans un français approximatif la raison de leur présence sur le Chemin. Son mari avait été opéré d'une tumeur maligne au cerveau. pendant sa longue convalescence il avait été subjugué par le livre: Il n'y a pas que le vélo dans la vie où Lance Armstrong raconte son combat contre le cancer. Ancien marathonien, en cas de guérison, il s'était promis de rallier Compostelle à pied depuis leur domicile d'Utrecht. Ainsi chaque année ils consacraient deux semaines à la réalisation de ce voeu. Depuis leur vision de la vie avait changé. C'étaient pour eux comme une renaissance. Maintenant, ils savaient à l'avance que leur séjour annuel sur les chemins serait source de rencontres riches, de bonheurs simples, d'échanges authentiques. Malgré la barrière de la langue, le regard doux et le sourire épanoui de Jan, m'en disait long sur la joie qu'il avait de partager son histoire avec moi, de m'encourager.
Les français se sont couchés tôt, organisation oblige...
Les Ecossais ont bu un dernier scotch au bar, tradition oblige...
Les Hollandais ont profité de la chaleur de l'âtre de la cheminée... Le temps de siroter une tisane je me suis joint à eux. Je sentais que beaucoup d'amour passait entre Helen et Jan. C'était touchant et revigorant.
Le départ du Puy ce matin me semblait bien lointain, j'avais l'impresion d'être sur la route depuis plusieurs jours.
La suite? J'avais prévu de ne rien prévoir...

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